Dentelle de Calais : Desseilles Laces, un patrimoine vivant menacé

En 2011, l’entreprise Desseilles, l’une des dernières manufactures de dentelle de Calais était promise à la liquidation. Trois cadres de l’entreprise l’ont reprise, l’ont redressée puis se sont retrouvés de nouveau en difficulté, dans le contexte de la crise du textile. « La dentelle, c’est un beau rêve quand on n’est pas dedans et un cauchemar quand on est à l’intérieur » explique le PDG Jean-Louis Dussart. Placée en redressement judiciaire, les 3 cadres ont trouvé un investisseur étranger pour éviter la faillite. Mais la réinsertion suite à une décision judiciaire de cinq salariés protégés licenciés a stoppé net l’engagement de l’investisseur. 74 personnes sont susceptibles de se retrouver au chômage et une entreprise du patrimoine vivant de mettre la clef sous la porte.

Le processus de création et de production de la dentelle de Calais

La dentelle Leavers est produite avec des bobines de fil et un chariot. Sans chaîne ni trame, le tissu est créé à partir d’un fil entrecroisé sur un métier Leavers en suivant un dessin reproduit sur ‘carton.

C’est en 1809, dans les environs de Nottingham, que John Heathcoat, un tout jeune mécanicien, inventa le premier métier à tulle composé d’un système à bobines et chariot. Le brevet fut rapidement déposé. Les douanes françaises de l’époque ne permettaient pas le commerce avec l’Angleterre : cela n’empêcha pour autant pas l’exportation des métiers, qui arrivèrent sur le sol français en pièces détachées et en toute illégalité, ce qui explique leur concentration dans le Nord-Pas-de-Calais. Saint-Pierre-lès-Calais fut la première ville (1809) à posséder un métier mécanique, suivie par Caudry en 1820.

En 1830, un certain Leavers eut l’idée d’allier la technique Jacquard au procédé mécanique de John Heathcoat et c’est ainsi que d’un métier à tulle on a pu évoluer vers un véritable métier à dentelle, permettant de réaliser avec une liberté totale tous les motifs imaginables… (1)

L'esquisse

L’esquisse

Le dessin

Le dessin

Les esquisseurs élaborent des motifs en se basant sur des archives mais aussi sur les tendances actuelles. C’est la traduction technique du dessin qu’on appelle mise en carte.

Le carton leavers

Le carton leavers

La préparation du fil

La préparation du fil

Le perceur doit convertir par un langage chiffré le dessin sur les cartons Leavers à l’aide d’un « piano ». Ces cartons seront ensuite assemblés et inséré dans le métier. L’ourdissage consiste à enrouler le fil autour de rouleaux.

Le remplissage des bobines

Le remplissage des bobines

Le wheeleur remplit les de fils les 4500 bobines au cœur des chariots Leavers.

Le remontage des bobines

Le remontage des bobines

Le tissage

Le tissage

Les bobines de fils sont pressées à chaud avant d’être insérées dans le chariot Leavers. D’un même mouvement les chariots croisent les fils pour fabriquer la dentelle.

Le tulliste

Le tulliste

Il s’assure des réglages et de la maintenance du métier. Il est également chargé de changer les chariots et de renouer les fils cassés pendant la production.

La dentelle Leavers - tombée de métier

La dentelle Leavers – tombée de métier

Une fois tombée de métier, la dentelle passe au visitage où les défauts seront repérés puis raccommodés. La dentelle est ensuite lavée et préformée par thermo fixation pour assurer sa bonne tenue avant de passer en teinture.

  • Informations : Deseilles Laces

L’histoire de Desseilles remonte au XIXe siècle mais la société est bien ancrée dans le XXIe siècle. Ses dessins, son savoir-faire et la maîtrise technologique ont su séduire les grands noms de la lingerie comme La Perla ou Wacoal et ont été reconnus par l’Etat. Depuis 2014, la société Desseilles Laces est une Entreprise du Patrimoine Vivant, un label qui consacre l’excellence artisanale française.

Les dentelles de Calais et dentelle Karl Mayer produites par l’entreprise sont destinées principalement au secteur de la lingerie corsetterie et prêt-à-porter. Chez Desseilles, deux collections sortent des métiers :

  • Une collection de dentelles Leavers reposant sur des techniques et dessins du XIXe siècle et fabriquée sur des métiers centenaires.
  • Une nouvelle technologie de dentelles multi-dessins, multi-élastiques sur les métiers modernes dits Jacquardtronics.

Alors ? Desseilles est-elle appelée à disparaître ?

Que faire ?

Une pétition a été lancée sur la plate-forme change.org pour interpeller les pouvoirs publics.

Cette pétition se trouve en ligne : Desseilles Laces doit vivre. La dentelle française est un art fragile.

En boutique

Un site de vente de dentelles a été créé. L’argent des ventes pourra servir au devenir des salariés –tout en gardant espoir !

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2 commentaires

  • emmanuelle dit :

    C’est triste, mais ce n’est que l’histoire qui continue… l’invention de cette fabuleuse machine a tué l’industrie dentellière manuelle. Avant cela, le savoir-faire des dentelles aux fuseaux et à l’aiguille avait déjà pris un sacré coup et la production n’était pour la plupart plus au niveau de l’ultra luxueuse dentelle des rois… je ne sais plus quoi en penser. Les fabuleux textiles créés aux XVIIe et XIIIe siècle ne sont plus reproductibles de nos jours (même le fil). Au XIXe s., la production s’est intensifiée pour certains types, les moins coûteux, et pour un autre marché, des pièces magnifiques ont été reproduites, mais le déclin était là. Il fallait produire toujours plus vite et moins cher, la mode n’était plus vraiment à la dentelle. De toute façon les conditions de travail de toutes ces petites mains étaient très difficiles. La dentelle mécanique a petit à petit pris le relais. Au XIXe siècle, elle était exceptionnelle… elle a connu un formidable essor, mais de la même façon, il faut là encore aller plus vite, moins cher, trouver de nouveaux créneaux… c’est triste.

    • Aurélie Soligny dit :

      Pour que les choses soient claires et que personne ne se méprenne, j’édite le commentaire d’Emmanuelle après mp : « Je soutiens à 100% et les salariés, et les dirigeants dans leur démarche. »

      Et ma réponse que je republie ici :
      Je comprends votre point de vue mais je ne suis pas tout à fait d’accord :
      1° le marché du luxe et de la haute couture existent et je pense que la dentelle Desseilles même mécanique y a parfaitement sa place.
      2° Les tissus et les techniques du 19e siècle ne sont pas franchement compatibles avec notre mode de vie. Et je trouve formidable que les tulliers aient su s’adapter à notre siècle. J’apprécie d’avoir de la dentelle élastique et fine et délicate avec des fils lamés sur mes soutiens-gorge… ^-^
      3° Les machines Leavers ne sont plus fabriquées depuis le 19e siècle et Desseilles travaille sur ces trésors. Et voilà le plus triste. Ces machines disparaîtront avec les derniers producteurs. Plus personne ne saura s’en servir et un savoir-faire disparaîtra… Même si en Asie, certaines marques rachètent quelques chariots, cela ne fait malheureusement pas tout.
      4° Je pense aux salariés… Mais vous aussi j’en suis sûre.

      Maintenant que faire ?
      Oui, je pense qu’il faut défendre ses opinions jusqu’au bout. Personnellement, j’ai toujours détesté la lingerie bas de gamme et j’entretiens soigneusement la mienne… Mais je dois faire partie de la préhistoire parce que visiblement, cela ne suffit pas.
      Bon, je poursuis ma démarche avec cet article. J’aurais fait ma part ^-^
      Mais le monde change, vous avez raison. Et nous sommes tous un peu défaitistes… Cela me rend triste. On pourrait faire de si jolies choses tous ensemble !
      On continue à y croire et on croise les doigts pour Desseilles
      🙂

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