La société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes { chez les sapeurs congolais }

La disparition dimanche dernier de Papa Wemba, musicien congolais surnommé le roi de la rumba congolaise laisse un vide chez les fans de musique mais aussi chez les Sapeurs dont il était un membre éminent.

Bien sapé, bien coiffé, bien parfumé

sont des mots qu’il reprenait dans sa chanson Matebu enregistrée en 1979.

 

L’histoire de la S.A.P.E.

La Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes (S.A.P.E.) est une mode masculine née au Congo à la fin des années 60 et qui se situe dans la filiation du dandysme européen du 19e siècle.

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A Brazzaville, Kinshasa et à Paris, la SAPE (Societé des Ambianceurs et des Personnes Elégantes), plus largement désignée sous le nom de « sapologie », est un mouvement d’identité vestimentaire qui détourne et réinvente depuis plus de 100 ans les codes de la mode parisienne. (1)

L’origine de la Sape est confuse mais l’idée qui prévaut dans ce mouvement est de s’approprier le costume du colon, d’en intégrer et d’en détourner les codes dans un esprit d’insoumission –et ce toujours avec élégance. Ou ironie.

On peut lier la Sape au mouvement « religieux » Kitendiste –de kitendi, le tissu– fondé par l’artiste Stervos Niarchos dans les années 70. Auteur compositeur vivant à Paris, il signe des chansons pour Papa Wemba. Pour Stervos, fan de vêtements de marque, la sape est une forme de résistance.

Après l’indépendance du Congo belge, le général Mobutu impose au Zaïre le retour à « l’authenticité ». Cette doctrine de 1971 interdit le costume occidental. Mobutu prône le port de l’abacost,  abréviation de « à bas le costume« , une veste à manches courtes que l’on voit sur les clichés des années 1970. Une des manières de lutter contre le régime est d’affirmer à l’opposé un code vestimentaire flamboyant.

A cette époque, en 1976, ouvre la première boutique pour sapeurs La Saperie à Bacongo de Christian Loubaki qui habille entre autres Papa Wemba. La boucle est bouclée.

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  • Photo tirée du documentaire d’Héctor Mediavilla pour Guinness

A savoir

Il y a deux Congos : l’ancienne colonie belge qui a accédé à l’indépendance en 1960 sous le nom de République du Congo puis Zaïre et à présent République démocratique du Congo ou « Congo Kinshasa ». Et l’ancienne colonie française, appelée République du Congo, le « Congo Brazzaville ». En règle générale, quand on parle de Congo ou de Congolais, on parle de la RDC. Sinon on mentionne Congo Brazza.

 

Les codes de la S.A.P.E.

  • Un film d’Héctor Mediavilla pour Guinness (magnifique et court documentaire à ne pas louper)

Le sapeur cherche à s’habiller avec recherche. On distingue deux types de sapeurs : ceux qui misent sur un costume 3 pièces impeccablement coupé en faisant référence au dandysme.  Et ceux qui ceux qui prennent la Sape comme un spectacle permanent et coloré.

En se prêtant à une généralisation  abusive, on pourrait caractériser le Sapeur congolais de Brazzaville par la première tendance et le Congolais de Kinshasa par la seconde tendance, dont le feu Stervos Niarcos restera le symbole, bien que Papa Wemba en soit actuellement considéré comme le représentant. (2)

Les deux cumulent des dizaines d’accessoires : chaussures luxueuses toujours cirées, chaussettes raffinées, cravates, noeuds papillons, cols, bretelles, ceintures, boutons de manchette, chapeaux, pochettes, lunettes, cigares, parapluie, cannes…

The cigar is the symbol par excellence of the sapeur,” states sapeur, Hassan Salvadore. “The cigar is expensive and has a very important role because it gives value to the suit worn, although it has to be used carefully as a gentleman sapeur is always expected to ask his neighbour, even if he is not in a non smoking area, if he may light his cigar. The cigar is a symbol therefore of excellence and refinement. It is the tool of the Gentleman. (3)

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  • CC staca / Flickr via France culture (1)

Défilé des sapeurs de Château Rouge

Défilé des sapeurs de Château Rouge

Dérivé de l’anglais to swank, « en mettre plein la vue », le terme swankas qualifie les jeunes noirs sud africains qui se retrouvent le samedi soir pour faire assaut de raffinement vestimentaire. La recherche de l’élégance, voilà ce qui motive les swankas lors des concours qu’ils organisent. Robyn Orlin côtoie les swankas depuis son enfance. Selon la chorégraphe sud-africaine, « à travers une gestuelle lente et expressive proche de la chorégraphie, les swankas montrent leur personnalité profonde faite de respect et de tempérance ». Son spectacle Dressed to kill… killed to dress leur rend hommage.

SAPE, ce sont les initiales de « Société des Ambianceurs et des Personnes Elégantes », un mode vestimentaire né chez les congolais à la fin des années 60 et qui se situe dans la filiation du dandysme. À la Cité, pour la fête de la musique du 21 juin 2010, Robyn Orlin a joué des extraits de Dressed to kill… killed to dress et invité les sapeurs de Château Rouge à se mêler au défilé des sud-Africains.

  • Photo : Awatef Chengal / Cité nationale de l’histoire de l’immigration CC BY – NC- ND (4)

La sapologie, un art de vivre et de lutte…

La lutte, c’est aussi ce qui pousse souvent ces hommes à opter pour la Sape comme mode de vie, qu’ils migrent pour l’Europe ou qu’ils restent au pays. Face aux régimes instables rythmés par des coups d’état, des guerres civiles, ou des catastrophes écologiques et humanitaires, la Sape agit comme un espace de résilience, de dépassement vers un monde plus léger, où la recherche du style à le même pouvoir que la poésie : celui de rétablir l’harmonie. Pratique encadrée par des règles strictes, comme celle de l’unité de tons avec trois couleurs, la Sape est monde en soi où les Sapeurs s’autoproclament « archevêque », « grand commandeur » ou « ministre »… Un monde carnavalesque, qui inverse l’ordre du monde et permet à un éboueur ou à un agent d’entretien de recevoir les honneurs dus à un « Grand Prêtre allureux » … au Royaume de la Sape.. (5)

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