La technique du boutis

Le boutis, également appelé broderie au cordon serti ou piqûre de Marseille traditionnelle, est une technique textile qui consiste à remplir de bourre un dessin reporté et piqué sur deux épaisseurs d’étoffe. On donne avec cette technique du relief au tissu.

Le mot boutis viendrait, d’après Lou tresor dóu Felibrige de Fréderic Mistral, de l’italien imbottito (rembouré, rempli) et remonterait au temps où Marseille était un port franc qui recrutait des brodeuses venant de Sicile (1).

Une autre définition renvoie au nom de l’ancienne aiguille de buis qui permettait ce travail. Ces aiguilles à deux chas étaient utilisées pour bouter (pousser) sur l’envers les mèches de coton entre les deux étoffes.

 

« Merveilles de boutis par Kumiko Nakayama Geraerts

 

 

ORIGINES DU BOUTIS

Coperta de Guicciardini – Museo Bargello, Firenze

Le boutis est originaire de Marseille. Les ateliers provençaux sont connues dès le moyen-âge pour leurs pièces brodées en trapunto italien –les artisans siciliens sont en effet célèbres pour avoir réalisé en trapunto à la fin du XIVe siècle Coperta de Guicciardini, une œuvre textile brodée en relief racontant l’histoire de Tristan et Iseult. Le succès de ces créations rembourrées est tel que « en 1474, la municipalité de Marseille elle-même fit venir Michel Mérulle, de Gênes, afin d’enseigner ce type de broderie aux artisans provençaux. »

Marseille est également au XVe siècle un port de commerce florissant où transitent de nombreuses marchandises dont des toiles colorées et piquées provenant des comptoirs indiens.

Ces toiles dites indiennes sont très appréciées mais coûteuses. Les ateliers se lancent alors dans l’impression en France de toiles indiennes imprimées et connaissent un succès immédiat (en 1680 ce travail occupait à Marseille près de 6 000 femmes pour une production de 40 à 50 000 pièces de toiles par an).

Cela « inquiéta au plus haut point les soyeux et drapiers de Lyon. Ils firent pression sur Louis XIV pour qu’il les interdisent. Effectivement Le 26 octobre 1686 un édit royal interdit de fabriquer, d’importer, d’imprimer et de porter des indiennes. Cette interdiction eut un effet inattendu en ouvrant le marché du luxe au boutis. Pour préserver leur marché « les manufactures marseillaises obtinrent l’autorisation d’importer les toiles blanches de coton à condition qu’elles fussent piquées à Marseille ». Et le boutis prit la place des indiennes prohibées […] Leur qualité en firent des produits de luxe qui s’exportèrent vers l’Europe (Angleterre, Hollande, Portugal et Espagne) et les colonies d’Amérique ».
(Wikipédia)

Le corps des brodeurs de Marseille a l’exclusivité de la réalisation des boutis jusqu’en 1765, date à laquelle il fut dissous.

 

 

LES ÉTAPES DE CONFECTION

Le travail nécessite deux tissus : celui du dessus (mousseline, soie, batiste) est généralement plus fin que celui du dessous en toile de coton. On travaille sur du tissu non lavé : un boutis se lave une fois terminé afin de resserrer les fils écartés lors de l’introduction des mèches.

On commence par dessiner un motif que l’on reporte en pointillé sur le tissu du dessus. Le motif est cousu au point de piqûre ou au point avant sur les deux épaisseurs puis rembourré sur l’envers de mèches de coton. On boute les mèches dans la coulisse formée par les coutures avec l’aiguille de buis. Cela donne du relief au tissu qui doit rester souple. L’envers doit être aussi beau que l’endroit.

PIQUÉ MARSEILLAIS OU BOUTIS ?

On trouve sur les marchés provençaux des étoffes vendus sous le nom de boutis. Or il s’agit souvent d’une technique de matelassage appelé piqué marseillais. Cette technique permet de dessiner des motifs piqués sur des épaisseurs de tissus et de molleton cousues ensemble mais les motifs ne sont pas rembourrées contrairement au boutis.

Les différences s’observent à contre-jour : le jeu de transparence des motifs du boutis tout en ombre et lumière est magnifique.

En savoir +

  1. Le boutis, le piqué par Gilbert Giraud sur Tourtour, notre village sous le ciel de Provence
  2. Quilt ou patchwork ? sur Du textile au texte
  3. La technique du boutis // Les passions de Marie
  4. France Boutis
  5. Le site de Dominique Fave
  6. Le site de Kumiko Nakayama Geraerts
  7. Le site de Hubert Valeri

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