Des tartans, des kilts et des histoires de clans !

Une couverture, le plaid en écossais et plaide en gaélique, est à l’origine du kilt dont s’habillent les hommes des Highlands. La couverture est pour l’essentiel un tartan, un lé de laine à carreaux de 6 à 10 yards de long dont les Ecossais se drapent jusqu’à la fin du 17e siècle, époque où apparaît le « petit » kilt. Le kilt moderne en forme de jupe portefeuille plissée se généralise au 19e siècle avec la mécanisation. Petite revue de presse sur cet emblème national écossais.

 

Kilts

Du tartan au kilt

Jusqu’à la renaissance, la tenue habituelle des peuples gaéliques écossais et irlandais était une tunique appelée léine.  La tunique s’allonge au 16e siècle et les hommes la couvrent d’une couverture ou plaid, le plus souvent un tartan.

Mot dérivé du français tiretaine (breacan en gaélique), le tartan est une étoffe de laine tissée à la main. Les tartans anciens sont d’un motif simple à carreaux appelé sett, formé par des rayures horizontales et verticales de différentes couleurs sur un fond coloré. Il n’est absolument pas question à ce moment-là de motifs liés à de quelconques clans écossais. La pièce de laine fait environ 8 yards de long (7 mètres) : la longueur de tissu dépend de la répétition du motif. On utilise alors des teintures végétales pour teindre la laine.

A cette époque, les tartans différenciaient surtout les statuts sociaux. Comme les teintures coûtaient cher, les tartans de la noblesse et de la bourgeoisie étaient souvent plus colorés (or, orange, rouge), que ceux des classes inférieures (noir, blanc, bleu, marron) ¹

Le grand kilt – The Belted Plaid – The Feileadh-mhor

first-plaid-scottish-tartans-museumLe prix de la laine diminuant, la mode des tartans se généralise –on les mentionne pour la première fois en 1538. Ils sont bientôt retenus par une ceinture, ce qui donne naissance aux belted plaids ou great kilts.  Les hommes des Highlands, lehautes terres, la région écossaise qui s’étend au nord et à l’ouest de la ligne de faille des Highlands, enroulent autour de la taille ce lé de laine qui finit sur leur tête ou leurs épaules comme une toge. Et oubliez tout ce que vous avez vu dans le film Braveheart, les costumiers ont fait preuve d’imagination mais il est absolument certain qu’on ne portait pas de belted plaid au 13e siècle à l’époque où se situe le film ! Et puis, le drapé d’un grand kilt ressemblait plutôt à l’image ci-contre, beaucoup moins glamour que la tenue portée par Mel Gibson !

 

Le petit kilt – The Little kilt – The Feileadh Beag

A la fin du 17e siècle, une nouvelle forme de kilt apparaît et devient extrêmement populaire. Il s’agit d’un seul morceau du grand kilt, le petit kilt ou Little kilt, feileadh bag en gaélique, formé d’un petit tartan, plissé, ceinturé à la taille et tombant juste en-dessous des genoux. L’autre morceau du grand kilt pouvant éventuellement être porté en « plaid ».

On raconte qu’un industriel anglais du nom de Thomas Rawlinson confectionna le premier petit kilt en 1725 mais d’après le Scottish Tartans Museum, il s’agit plutôt d’une légende, comme en témoignent les nombreuses illustrations montrant les Highlanders portant le petit kilt bien avant cette date.

En 1747, le roi d’Angleterre Georges II promulgue une loi sur l’habillement, le Dress Act, « prohibant le port du kilt et les tartans ».

no man or boy, within that part of Great Britain called Scotland . . . . will wear or put on the clothes commonly called Highland Clothes (that is to say) the plaid, philibeg, or little kilt, trowse, shoulder belts, or any part whatsoever of what peculiarly belongs to the highland garb; and that no tartan, or party-coloured plaid or stuff shall be used for great coats, or for upper coats.³

Elle marque l’écrasement des révoltes jacobites (d’après le nom du roi écossais Jacques II et VII 1633-1701) et la fin des espoirs de restauration de la lignée des Stuarts catholiques sur les trônes d’Écosse et d’Angleterre après la bataille de Culloden perdue en 1746 par les Ecossais. Le kilt est autorisé uniquement dans l’armée. Le kilt civil tombe en désuétude.

Sporrans on parade.

Mais une filature, William Wilson & Son’s, répertorie les setts de tartans :

The Wilson weaving firm was known during the period of 1765 – 1924 to have searched the Highlands for old patterns, then re-introduced them under names of their choosing if the original clan or district could not be determined. ³

 

Le kilt moderne

Les kilts à plis cousus sont d’abord conçus pour les militaires à la fin du 18e siècle. Ils sont sans ourlets.

Mosman; John Campbell 1749

 

En 1782, le roi Georges III autorise de nouveau le port du kilt pour les civils grâce au lobbying de la Highland Society of London. Le premier kilt sort de la fameuse filature de laine de William Wilson & Son’s dans les Lowlands. Les métiers à tisser mécaniques autorisent la répétition parfaite des motifs d’abord numérotés, puis nommés d’après le nom des clans, les structures traditionnelles écossaises.  Les manufactures modernes du 19e siècle proposeront ensuite des kilts avec des plis cousus à l’arrière et deux panneaux qui se croisent à l’avant maintenus par des brides.

McDuff

Le Scottish tartans Museum présente sur son site le plus ancien kilt civil encore conservé et datant des années 1790-1800. Il a des plis creux et moins de 4 yards de tartan du clan MacDuff. Simple, il n’a n’a pas de brides mais des boutons pour bretelles.

Les motifs des clans

Avant 1747, il n’existe pas de motif spécifique à chaque clan. Les membres des clans sont libres de porter les tartans qui leur plaisent parmi les motifs proposés par les tailleurs.

En 1815, la Highland Society of London invite les chefs de clans à présenter leurs tartans. Comme beaucoup n’ont aucune idée de ce que « leur » tartan pourrait être, on cherche dans les archives ou on invente des motifs. En 1819, on dénombre 250 tartans dans le livre de motifs de la manufacture de Wilson dont une centaine attribuée à des clans.

James Grant took all of the seventy two tartans in his book, 'Tartans of the Clans of Scotland', published in 1886 by W & A.K.Johnston, from actual specimens in use at the time. Many are identical to those found in the earlier work of W and A.Smith in 1850. The Victoria sett was known to have been favourably regarded by the Queen.

James Grant took all of the seventy two tartans in his book, ‘Tartans of the Clans of Scotland’, published in 1886 by W & A.K. Johnston, from actual specimens in use at the time. Many are identical to those found in the earlier work of W and A. Smith in 1850. The Victoria sett was known to have been favourably regarded by the Queen.

En 1822, George IV visite Edimbourg et suggère que les officiels écossais revêtent leur tartan traditionnel. Là encore, les manufactures imaginent de nouveaux tartans associés aux clans. Les Lowlanders qui ne portaient pas de tartans et dont certains détestaient les Highlanders se retrouvent à porter un kilt au nom de l’unité écossaise.  A partir de ce moment, il est établi qu’un tartan est associé à un clan. Cette tradition qui semble millénaire n’a en fait que 200 ans !

D’ailleurs, si vous voulez qu’un tartan désigne votre famille, vous pouvez enregistrer le vôtre et espérer qu’il devienne aussi populaire que le Royal Stewart tartan de la famille royale Stuart –tartan personnel de la reine Elizabeth II. Ou de créer celui d’une ville, comme Valérie qui a créé le tartan de Dinard en vente dans sa boutique Celtik Spirits (voir en commentaire de l’article). So chic !

Les conditions du Scottish Register of Tartans sont les suivantes : « a new tartan must meet the definition of tartan contained in the Scottish Register of Tartans Act (2008)

  • it must be a new design,
  • unique to the Register,
  • there must be a clear link between the person registering the tartan and the proposed tartan name. »
For the dances, which were originally instituted by Queen Victoria, gentlemen of the Royal Family wear Highland Dress while royal ladies wear long evening dresses with Royal Stewart tartan sashes. Sir Norman Hartnell (1901-79) / Evening Dress 1960-70 Royal Collection Trust/All Rights Reserved

For the dances, which were originally instituted by Queen Victoria, gentlemen of the Royal Family wear Highland Dress while royal ladies wear long evening dresses with Royal Stewart tartan sashes.
Sir Norman Hartnell (1901-79) / Evening Dress 1960-70 – Royal Collection Trust/All Rights Reserved

Et les femmes ?

Les femmes des clans écossais ne portent jamais de kilts ! C’est un vêtement masculin. Elles portent un curraichd, un manteau en lin retenu par une boucle et agrémenté de rubans de tartan au dessus des épaules et à la ceinture. De tradition récente, la robe tartan est aux couleurs du clan sur un fond blanc.

A photo of Sean Connery with members of the United States Air Force Reserve's Pipe and Drum Band in Washington, DC. The occasion was Tartan Day, 2004. Source: http://en.wikipedia.org/wiki/Image:ConneryKilt.jpg , uploaded there by en:User:CantStandYa

A photo of Sean Connery with members of the United States Air Force Reserve’s Pipe and Drum Band in Washington, DC. The occasion was Tartan Day, 2004.
Source: http://en.wikipedia.org/wiki/Image:ConneryKilt.jpg , uploaded there by en:User:CantStandYa

Les accessoires du kilt

Formal Sgians Dubh - Scottish Tartans Museum Kilt Shop

Formal Sgians Dubh – Scottish Tartans Museum Kilt Shop

Le kilt n’est rien sans ses accessoires, absolument indispensables à la tenue traditionnelle, la Highland Dress.

  • Une large ceinture de cuir brun ou noir dont la boucle, habituellement argentée, est souvent ornée d’entrelacs ou du crest du clan du porteur. (4)
  • Le sporran, le mot gaélique pour porte-monnaie, est accroché à la ceinture sur le devant du kilt et pallie l’absence de poche de ce dernier. Fait de cuir ou de fourrure, il peut reprendre les motifs de la boucle de ceinture et du sgian dubh.
  • Une épingle, fixée sur le premier volant juste au-dessus du genou droit, a pour fonction de maintenir les pans du kilt en place et d’éviter qu’ils se soulèvent. Elle figure généralement une épée dont la garde porte le crest du clan ou tout autre motif traditionnel.
  • Les chaussures sont des ghillie brogues. Les lacets sont longs et lacés spécifiquement de manière à former, de face, un triangle isocèle après avoir été tourné quatre fois ensemble. Le nœud peut être fait soit sur le côté, soit sur le devant.
  • Une sgian dubh : un petit poignard placé dans la chaussette.

Confectionner un kilt

Le Scottish Tartans Museum met à disposition sur le site un PDF à télécharger gratuitement pour se confectionner un kilt. (le lien sera prochainement mis à jour)

Le kilt traditionnel est fait de plis plats. Des kiltmakers remettent au goût du jour les plis ronds. Lady Chrystel, une kiltmaker française propose de vous confectionner sur mesure un kilt en double plis creux !

La plupart des kiltmakers vous proposeront de vous fournir un tartan si vous n’en avez pas. Le célèbre kiltmaker Matthew Newsome recommande ceux de la fabrique DC Daegliesh au tissage incomparable. Au cas où…

The traditional selvage woven by D. C. Dalgliesh. via New House Highland

The traditional selvage woven by D. C. Dalgliesh. via New House Highland

 

Et sous le kilt ?

Rien °-°

5 commentaires

  • Rachel dit :

    Merci pour cette rubrique « histoire », comme disait K.Marx:  » qui ne connait pas l’histoire est condamné à le revivre » … alors pour plus de créativité… APPRENONS!
    Perso, j’avais fait des recherches sur le crochet et le tricot qui m’avaient emmenée jusqu’au naalbinding des vikings. J’avais fait des essais et c’est alors que m’était apparu comme une évidence le lien entre le tricot et le filet de pêche… c’était ma petite archéologie expérimentale à moi!
    Très belle journée à tous

    • Aurélie Soligny dit :

      Merci beaucoup! Je suis entièrement d’accord avec vous. Les sujets créatifs ont aussi une histoire. Je trouve plus qu’intéressant de la connaître.
      D’ailleurs si vous souhaitez partager vos recherches sur le crochet, vous êtes la bienvenue sur ces pages ! Je serai heureuse d’en apprendre davantage sur le naalbinding.
      A bientôt et bonne journée °-°

  • PERREAUT dit :

    Bonsoir,
    Serait il possible de citer mon atelier
    je propose une nouvelle vision du port du tartan :

    http : //www.celtikspirits.com

    Merci !
    Bien cordialement
    Valérie Billy Bayre PERREAUT

  • Amyot dit :

    Bel article. Merci d’avoir cité mon nom à côté de Matt Newsome et de Barbara Tewksbury, de très grands kiltmakers avec qui je partage de nombreux points de vue. Il est vrai que nous sommes un peu de la même école.

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