Avant l’apparition de l’imprimerie, les livres sont des manuscrits, reproduits à la main. Ils sont copiés et décorés, d’abord par des moines copistes dans des abbayes puis au fur et à mesure de l’essor de l’université et de l’engouement pour les livres, par des enlumineurs professionnels. On copie essentiellement des bibles, des bréviaires destinés aux clercs ainsi que des recueils de prières liées aux heures de la journée, les livres d’heures, qui comprennent des calendriers par signes du zodiaque, les Évangiles, les heures de la Vierge, les psaumes pénitentiels, l’office des morts et les suffrages des saints.

Une enluminure est un peinture qui « illumine », éclaire un manuscrit, dans le texte ou dans les marges. Originellement, le copiste du 13e siècle peint « dans le texte, les miniatures et les initiales ornées ou historiées et, dans les marges, il peut réaliser les rinceaux, petites scènes ou drôleries »¹.

Les enluminures sont des œuvres d’artistes et des documents remarquables. Manuscrits et feuillets enluminés souffraient d’un grand éparpillement dans les collections des bibliothèques, musées et centres d’archives. En 2004, l’Institut National d’Histoire de l’Art a lancé une vaste campagne d’inventaire systématique destinée à identifier ces pièces. Les bases de données créées en ligne sont des sources d’inspirations exceptionnelles à consulter sans réserve.

Augustins – Antiphonaire (recueil de chants liturgiques) de Philippe de Lévis, évêque de Mirepoix – Adoration des Mages – Antoine Olivier 1533-1537

De la lettrine à la miniature

Les initiales et les titres des manuscrits, appelés rubriques, sont peints en rouge par le copiste à l’oxyde de plomb, le minium (d’où le mot miniature). « Une miniature désigne, au sens large, la représentation d’une scène ou d’un personnage dans un espace indépendant de l’initiale »¹. Le moine copiste dessine dans l’espace de la première lettre, en miniature, une scène entière illustrant le texte.

Les éléments décoratifs et les représentations imagées exécutés dans un manuscrit pour l’embellir sont peints sur une feuille d’or qui ajoute la lumière et l’enlumine.

 

Livre d’heures de Charles d’Angoulême (XVe siècle)
Bible – Bourges

La Technique

Les enlumineurs ont travaillé sur différents supports, d’abord le parchemin avant l’apparition du papier :

Jusqu’au XIIIe siècle, le texte est écrit sur une peau de bête (veau, mouton ou chèvre) appelée parchemin ; on l’obtient au terme d’une longue série de manipulations. Le parchemin est découpé en feuilles qui sont regroupées en cahiers.

Le papier, fabriqué à partir du chiffon, est une invention chinoise transmise par les Arabes. Il apparaît en Espagne au XIIe siècle, mais son usage demeure rare en France avant le XIV e siècle, lorsque les premiers moulins à papier sont installés à Troyes.¹

La confection d’un manuscrit est un travail réalisé en plusieurs étapes :

La peau, le parchemin s’achète chez un parcheminier. Les plus beaux sont des vélins, des peaux de velots, les veaux mort-nés. On commence par sa préparation et par le broyage des couleurs (pigments et liants, essentiellement de la gomme arabique). Puis l’on esquisse le dessin que l’on reporte par poncif. « Une fois le parchemin prêt à être utilisé, l’enlumineur réalise son dessin à l’encre. Le dessin achevé, il place les feuilles d’or et après pose la peinture. En tout dernier, il vient cercler les zones peintes avec un trait de contour pour plus de netteté. Certains détails peuvent être apportés avec du blanc pour faire ressortir les couleurs ».(Wikipédia)

L’enluminure contemporaine

Plusieurs ateliers perpétuent d’un côté, la tradition de l’enluminure. Le savoir-faire de l’enluminure a été inscrit à l’Inventaire du patrimoine culturel immatériel en France : l’Atelier Parchemin et Pot y figure pour la région Bretagne. Le travail est traditionnel : il commence toujours par la préparation du parchemin (ponçage), dessin, vernis. Puis vient le travail de l’enluminure proprement dit.

De l’autre côté, des artistes se sont approprié la technique et s’en servent dans leurs créations. Sophie Theodose, enlumineur contemporain, a travaillé en tant que styliste et modéliste avant de se reconvertir au métier d’enlumineur. Elle crée, elle, des pièces contemporaines d’inspiration médiévale en mêlant or, argent, cuivre et pigments sur parchemin et stuc. Elle est lauréate du concours Ateliers d’Art de France 2018 pour la région Ile de France – catégorie patrimoine.

Le travail de Sophie Théodose – Enlumineur contemporain sur la page Fb des Ateliers d’Art de France © N Vercellino

Une technique exceptionnelle à découvrir et à utiliser en dehors de toute influence médiévale.

En savoir +

  1. La base Enluminures des Service du livre et de la lecture et l’Institut de recherche et d’histoire des textes (CNRS)
  2. La bibliothèque virtuelle des manuscrits médiévaux
  3. Manuscrits enluminés des bibliothèques de France
  4. Base de données Mandragore : 100 000 notices analysant le décor figuré ou aniconique de manuscrits occidentaux ou orientaux datés du vie au xixe siècle
  5. Patrimoine culturel immatériel en France

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